Choletaise Moule Outillage (CMO), Yannick Génissel
Quand il rejoint CMO en 1997, Yannick Génissel n’a que 27 ans « J’étais tout jeune et pensais que ce travail serait une première ligne solide inscrite sur mon CV », ironise le dirigeant. Diplômé des Arts et Métiers, fraîchement revenu de son service national, il cherche alors un poste dans la région. L’entreprise, fondée en 1984 et alors en plein essor, repère rapidement le potentiel du jeune ingénieur. À cette époque, le marché du moule est encore porteur, très technique, solidement implanté en Europe.
Très vite, Yannick Génissel s’impose. Animé d’une volonté farouche de comprendre les mécanismes économiques, il pointe les dysfonctionnements organisationnels et le manque de suivi précis de la rentabilité des projets. Dès son arrivée, il contribue à la mise en place d’un ERP, à l’obtention de la norme ISO 9001 et la structuration de l’entreprise. On lui confie les dossiers complexes, son regard neuf bouscule.
Transformer et s’adapter pour faire vivre le Made In France
En 2001, au départ du fondateur, il est nommé directeur. Pourtant, il ne rachètera officiellement l’entreprise qu’en 2018, après 17 ans passés aux commandes. Au cours de ces années, il transforme la PME qui passe de sous-traitant mouliste à acteur reconnu dans le moule neuf pour le secteur automobile… puis à spécialiste des « délais courts ». Une orientation stratégique qui va s’avérer décisive et qui lui permet de diversifier ses cibles (aéronautique, loisir). Car pendant que le marché du moule s’essouffle, concurrencé par la Chine et frappé par la fragilisation de la filière automobile, Yannick Génissel fait un choix audacieux : ne pas pactiser avec la Chine, mais miser sur la réactivité, la maîtrise technique et la capacité d’adaptation, trois valeurs clés de l’entreprise et de sa propre personnalité. « Je n’aime pas perdre », résume-t-il. Alors il invente, modifie, améliore. CMO accueille les moules fabriqués en Asie pour les mettre au standard, les ajuster, les rendre opérationnels. Ce n’est pas le travail le plus simple ni le plus valorisant : les pièces arrivent parfois sales, sous bâche, débordant de graisse, mais c’est un relais de croissance. Dès 2005, CMO réalise autant d’activité en prestations délais courts qu’en moules neufs. C’est ainsi qu’elle a pu rester rentable. Là où de nombreux moulistes ferment, CMO s’adapte. Là où les effectifs fondent dans toute la filière, Yannick Génissel préserve son équipe, laissant les départs naturels redessiner l’organisation sans licenciement. Lors de la période Covid, le marché connaît une parenthèse inattendue : les clients ne pouvant plus se rendre en Chine, la demande locale repart temporairement. CMO en profite, mais la pression du low cost réapparaît dès la fin de la crise.
L’irréductible mouliste des mauges
La réussite de CMO tient à son expertise technique : un parc de machines à forte capacité, un bureau d’études solide, une maîtrise de nombreuses technologies (injection, extrusion-soufflage, encapsulation…), la capacité à usiner des projets complexes et à travailler pour des secteurs variés, automobile, aéronautique, loisirs. Mais elle tient aussi au tempérament du dirigeant. Fidèle à ses origines bretonnes, il est tenace : « Je ne lâche jamais rien », confie-t-il. Conscient que l’avenir passe aussi par les réseaux, Yannick Génissel s’investit fortement : Ouest Alliance Mouliste Group, Avenir Up, Plato…. À travers eux, il s’engage entre autres sur la formation répondant aux besoins criants en compétences alors que moins de dix professionnels sortent chaque année de la seule formation régionale d’outilleur. Aujourd’hui, malgré un marché automobile fragilisé, une tension du marché de l’emploi très forte dans le Choletais et la concurrence étrangère, il continue d’avancer. Défenseur de la réindustrialisation, il plaide pour un Made In France cohérent et valorisé et rappelle que l’autonomie industrielle n’est pas un slogan, mais une nécessité stratégique. « La France peut retrouver sa place dans l’industrie du moule et de la plasturgie, à condition de préserver ses compétences, ses savoir-faire, et ses entreprises ».
Christelle Gourronc