Sécurité économique : protéger la performance et la valeur de l’entreprise
Article rédigé avec l'expertise de Marc FRENGER PECH-GOURG, délégué à l'information stratégique et à la sécurité économiques, SEER.
Données stratégiques, savoir-faire, innovations, compétences RH clés ou réputation : les actifs qui créent la valeur d'une entreprise sont aujourd'hui exposés à de nombreuses formes de vulnérabilités. Cyberattaques, captation d'informations sensibles ou dépendances critiques peuvent affecter durablement son développement.
La sécurité économique aide l'entreprise à préserver ses ressources essentielles, sécuriser ses décisions et renforcer sa capacité d'adaptation. Elle constitue un levier de résilience et de compétitivité dans un environnement marqué par une forte concurrence internationale et une circulation croissante de l'information.
la sécurité économique, qu’est-ce que c’est ?
La sécurité économique repose sur une démarche de veille, de prévention et de protection visant à sécuriser les intérêts stratégiques de l'entreprise. Elle permet d'anticiper les risques susceptibles d'affecter son activité, son patrimoine immatériel, ses capacités d'innovation ou encore son indépendance de décision. Elle couvre notamment :
- les cybermenaces et les atteintes à l'information,
- la protection du savoir-faire et des innovations,
- les risques concurrentiels et les dépendances critiques,
- les risques réputationnels,
- les contraintes réglementaires et extraterritoriales,
- les audits administratifs intrusifs,
- les risques liés à l'actionnariat, à la gouvernance ou aux partenariats stratégiques.
Tensions géopolitiques et compétition mondiale exacerbées autour des technologies clés renforcent l'importance de la sécurité économique. Les entreprises doivent concilier performance et protection de leurs actifs stratégiques afin de préserver leur capacité à innover, se développer et décider en toute autonomie.
Performance et sécurité économique
Performance, agilité et sécurité économique peuvent sembler difficiles à concilier. Pourtant, une entreprise qui protège efficacement ses actifs stratégiques dispose de bases plus solides pour se développer, innover et saisir de nouvelles opportunités.
L'enjeu n'est pas de multiplier les contrôles ni de rigidifier l'organisation. La sécurité économique vise avant tout à sécuriser l'essentiel, en proportion des risques et des enjeux de l'entreprise. Intégrée en amont des projets, des partenariats ou des choix technologiques, elle devient un facteur de fluidité plutôt qu'une contrainte supplémentaire.
Cette approche permet de trouver un équilibre entre protection et agilité. Les équipes peuvent collaborer, partager des informations et innover tout en maîtrisant les risques liés aux données sensibles, au savoir-faire ou aux dépendances critiques.
Une entreprise qui connaît ses vulnérabilités et protège ses ressources stratégiques renforce automatiquement sa résilience. Elle inspire davantage confiance à ses clients, ses partenaires, ses fournisseurs et ses financeurs, tout en préservant sa capacité à s'adapter aux évolutions de son marché.
Que faut il protéger en priorité dans l’entreprise ?
La première étape d'une démarche de sécurité économique consiste à identifier ce qui crée réellement de la valeur pour l'entreprise. Tous les actifs n'ont pas le même caractère stratégique et ne nécessitent pas le même niveau de protection.
Parmi les ressources à protéger en priorité figurent :
- Le patrimoine immatériel : savoir-faire, procédés, innovations, données stratégiques ou propriété intellectuelle.
- Les informations sensibles : données personnelles, commerciales, financières, techniques ou juridiques dont la divulgation pourrait fragiliser l'entreprise.
- Les compétences clés : expertise détenue par certains collaborateurs, dirigeants ou profils techniques rares.
- Les chaînes d'approvisionnement : fournisseurs stratégiques et dépendances géopolitiques susceptibles d'affecter la continuité de l'activité.
- Les systèmes d'information et les usages numériques : outils collaboratifs, télétravail, mobilité, services cloud ou intelligence artificielle.
Cette cartographie permet ensuite de hiérarchiser et moduler les actions de protection afin de concentrer les efforts sur les ressources les plus critiques.
Des filières particulièrement exposées
Certaines activités concentrent des enjeux stratégiques particulièrement importants en raison de leur caractère technologique, innovant ou sensible.
C'est notamment le cas de :
- la santé et les biotechnologies,
- l'énergie,
- l'aéronautique et la défense,
- le numérique, la data et l'intelligence artificielle,
- la robotique,
- la cybersécurité,
- les technologies quantiques.
Dans certains de ces secteurs, l’hyperconcurrence internationale (notamment Chine, États-Unis et Inde) accroît les risques de captation technologique, de transfert non maîtrisé de savoir-faire et de pression économique.
Ces enjeux dépassent le seul cadre de l'entreprise. La sécurité économique s'inscrit également dans une logique de souveraineté nationale, qui vise à préserver les capacités industrielles, technologiques et informationnelles considérées comme stratégiques. Pour répondre à ces défis, l'État mobilise différents outils réglementaires et d'accompagnement, tels que le contrôle des investissements étrangers dans les secteurs sensibles, les exigences NIS2 en matière de cybersécurité ou encore les dispositifs d'appui proposés par le SISSE, les DREETS et Bpifrance
A retenir : 4 réflexes pour renforcer la sécurité économique de son entreprise