Décarbonation : l'estuaire de la Loire se transforme pour construire l'industrie de demain
Un territoire au cœur de la transition industrielle
Historiquement marqué par les activités portuaires, énergétiques et industrielles, l'estuaire de la Loire engage aujourd'hui une transformation profonde de son économie.
Portés par les industriels, énergéticiens, acteurs portuaires, Etat et collectivités, ces projets représentent plusieurs milliards d'euros d'investissements et dessinent un nouveau modèle de développement conciliant transition écologique, réindustrialisation, compétitivité économique et souveraineté énergétique. À l'horizon 2030, près de 3,3 milliards d'euros d'investissements sont ainsi programmés sur l'estuaire, dont 2 milliards dédiés à l'industrie décarbonée.
Cette dynamique s'appuie sur un tissu industriel déjà solide, avec 20 700 emplois industriels, et pourrait générer plus de 5 000 emplois supplémentaires d'ici 2035.
Elle offre également de nombreuses opportunités pour les entreprises locales, en matière de travaux, d'ingénierie, de maintenance, de logistique et de sous-traitance.
Cette dynamique s'appuie notamment sur la démarche collective ZIBAC Loire Estuaire Décarbonation. Elle fédère entreprises, énergéticiens, Grand Port Maritime et acteurs publics autour d'un objectif commun : faire de l'estuaire l'un des principaux hubs industriels et énergétiques bas carbone en France.
Produire une énergie décarbonée pour accompagner les besoins de demain
La transition énergétique nécessitera une augmentation très importante de la production d'électricité renouvelable dans les prochaines décennies.
Dans ce contexte, le projet EOLE, porté par le Grand Port Maritime de Nantes Saint-Nazaire, prévoit, à horizon 2032, la création d'une plateforme dédiée à l'assemblage et à la logistique des futures éoliennes en mer, notamment flottantes à Saint-Nazaire.
Cette infrastructure accompagnera le développement de la filière des énergies marines renouvelables et renforcera le rôle stratégique du port dans la transition énergétique nationale. Il pourra également servir d’autres filières industrielles du territoire ayant besoin d’une infrastructure adaptée à la logistique de grands ensembles industriels et colis lourds.
Cette dynamique concerne également les infrastructures gazières. Avec son projet Ulysse, Elengy poursuit la décarbonation du terminal méthanier de Montoir-de-Bretagne afin d'adapter, à horizon 2030, cet équipement stratégique aux nouveaux enjeux énergétiques.
Renforcer les infrastructures énergétiques indispensables à la décarbonation
Les projets de décarbonation de l'estuaire reposent sur un prérequis essentiel : disposer d'une électricité décarbonée abondante et disponible.
C'est tout l'enjeu du Schéma décennal de développement du réseau (SDDR) porté par RTE, qui prévoit près de 100 milliards d'euros d'investissements pour moderniser et développer le réseau électrique français. Par son ampleur, ce programme est comparable à l'effort engagé dans les années 1980 pour accompagner le développement du parc nucléaire français. Pour l'estuaire de la Loire, il est déterminant. Il conditionne l'implantation de nombreux projets industriels bas carbone, tout en répondant à la hausse massive des besoins électriques liée à l'électrification de l'industrie et des usages.
Dans ce cadre, le projet GILA, porté par RTE, constitue l'une des infrastructures les plus stratégiques du Grand Ouest. Avec 4 milliards d'euros d'investissement, il permettra, à horizon 2034 et via une liaison sous-marine entre la Loire-Atlantique et la Gironde, de renforcer et sécuriser le réseau électrique et de raccorder les futurs parcs éoliens en mer.
Faire émerger une économie circulaire du carbone
L'une des spécificités de la démarche Loire Estuaire Décarbonation réside dans la volonté de créer des synergies entre les différents projets industriels.
Le projet GO CO₂ vise à capter, transporter et traiter jusqu'à 2 millions de tonnes de CO₂ par an issues de plusieurs sites industriels du Grand Ouest. Représentant 2,5 milliards d'euros d'investissements et une mise en service visée à l'horizon 2031, il constitue l'un des projets industriels les plus structurants du territoire.
Le port de Nantes Saint-Nazaire en est un maillon essentiel : le CO₂ capté sera acheminé jusqu'à Montoir-de-Bretagne, où il sera liquéfié avant d'être exporté par navire vers des sites de stockage ou valorisé localement, favorisant ainsi l'émergence d'une économie circulaire du carbone à l'échelle de tout l'estuaire. Au-delà de la réduction des émissions industrielles, GO CO₂ renforce ainsi le positionnement du port comme futur hub des énergies décarbonées. Il crée aussi les conditions nécessaires au développement de projets comme Take Kair ou Green Coast qui utiliseront le CO2 liquéfié dans leurs process.
Développer de nouvelles filières industrielles bas carbone
La décarbonation ne consiste pas seulement à réduire les émissions existantes : elle favorise également l'émergence de nouvelles activités industrielles.
A horizon 2032, le projet Take Kair, porté par Hynamics, prévoit la création de la première usine française de production d'e-kérosène. Cette installation produira à terme 50 000 tonnes de carburants de synthèse par an et contribuera directement à la décarbonation du transport aérien. Le projet pourrait générer entre 200 et 250 emplois directs et indirects.
À ses côtés, à Montoir-de-Bretagne, le projet Green Coast, porté par Elyse Energy et Lhyfe, ambitionne de produire des carburants alternatifs pour le secteur maritime en s'appuyant notamment sur l'hydrogène renouvelable et le CO₂ biogénique disponible localement.
Le territoire accueille également le projet SCOTT (Coastline West), qui prévoit l'implantation à Montoir-de-Bretagne d'une cimenterie bas carbone. Porté par le groupe F. Scott, ce projet représente un investissement estimé à 55 millions d'euros.
Autre illustration de cette dynamique, le projet Cocorico porté par Cargill prévoit le remplacement d'une part importante du gaz consommé sur son site nazairien grâce à une chaufferie biomasse alimentée par les coques de tournesol issues de sa propre production. Ce projet représente plus de 150 millions de dollars d'investissements sur l’usine nazairienne.
Réindustrialiser et innover
L'ambition portée par l'estuaire de la Loire ne se limite pas aux seules questions énergétiques. Elle vise également à renforcer les filières industrielles stratégiques et la souveraineté nationale.
Cette dynamique s'appuie notamment sur les Chantiers de l'Atlantique, qui diversifient leurs activités au-delà de la construction navale traditionnelle. Déjà fortement positionnés sur les sous-stations électriques offshore indispensables au développement de l'éolien en mer, ils innovent également dans le transport maritime décarboné avec la technologie Solid Sail, récemment mise en œuvre sur le voilier de croisière Orient Express Corinthian. À plus long terme, leur participation à la construction du futur porte-avions de nouvelle génération confirme le rôle stratégique du bassin nazairien dans les domaines de la défense, de la souveraineté industrielle et de la maîtrise des technologies complexes.
Le projet d'implantation de Framatome sur le site de l'ancienne centrale de Cordemais s'inscrit dans cette même logique de réindustrialisation, en donnant une nouvelle vocation productive à un site énergétique emblématique du territoire.
De son côté, la filière aéronautique, emmenée par Airbus Atlantic, est engagée dans une dynamique de croissance industrielle. Pour répondre à l'augmentation des cadences (notamment l'objectif de 75 A320 par mois), l'avionneur sécurise sa chaîne logistique par des rachats stratégiques (Spirit AeroSystems, Daher) et prévoit plus de 1 000 recrutements en CDI et de nombreux investissements dans les prochaines années.
Des retombées économiques pour les entreprises du territoire
Rarement le territoire aura concentré autant de projets industriels structurants sur une même période. L'ensemble de ces projets représente aussi une opportunité économique majeure pour les entreprises ligériennes.
Travaux publics, génie civil, ingénierie, maintenance, logistique, transport, numérique ou encore services aux entreprises : les besoins de sous-traitance seront considérables durant les phases de construction et d'exploitation.
Afin de maximiser les retombées locales, la CCI Nantes St-Nazaire se mobilise aux côtés des grands donneurs d'ordre et des entreprises du territoire. Grâce à la plateforme CCI Business, elle favorise les mises en relation et l'accès des PME locales aux marchés générés par ces investissements structurants.