Interview de l'économiste Thomas Grjebine : Focus sur les échanges internationaux

International
31.08.2026
Magazine
Le 28 septembre prochain, la CCI va accueillir l’étape sarthoise de l’International Week. L’occasion pour Maine éco de dresser un état des lieux de la situation internationale avec Thomas Grjebine, économiste à l’Institut français d’économie (Sciences Po).
Thomas Grjebine, économiste

L’exercice est complexe, mais pouvez-vous présenter la situation actuelle en matière d’échanges internationaux ?

Ce que l’on observe au niveau international, c’est un ralentissement du commerce, mais pas un effondrement. Selon les dernières prévisions du FMI, le volume du commerce mondial devrait encore progresser en 2026 (+ 2,8 %), mais moins rapidement qu’en 2025 (+ 5,1 %). Plus généralement, on observe une bonne résilience des flux, y compris vers les États-Unis. Pour l’instant, le commerce mondial résiste.

On note également une réorientation des flux commerciaux. L’exemple le plus connu est celui de la Chine, qui exporte beaucoup moins directement vers les États-Unis. Les flux se sont en partie déplacés et des pays comme le Vietnam ou le Mexique exportent davantage vers les États-Unis.

On voit ainsi que les droits de douane imposés par Donald Trump ont ralenti le commerce international, mais qu’ils en ont surtout modifié les circuits. Les entreprises ont su s’adapter, si bien que leur impact a été beaucoup plus faible que ce que les économistes avaient anticipé. Cette réorganisation n’est toutefois pas sans coût : elle multiplie les intermédiaires et rend les chaînes de valeur moins efficaces et plus complexes.

Pour les PME et ETI plus précisément, quels sont les marchés les plus attractifs ?

Concernant les PME et ETI, la première destination à envisager aujourd’hui est l’Europe. Les PME exportent beaucoup dans leur environnement proche, que ce soit vers l’Allemagne, la Belgique, l’Espagne et l’Italie.

L’Europe restera, dans les années qui viennent, la destination d’exportation la plus naturelle. Plusieurs pays offrent encore des perspectives solides : la croissance devrait dépasser 3 % en Pologne en 2026 et rester supérieure à 2 % en Espagne. Les économies d’Europe de l’Est présentent notamment un potentiel important, lié à leur processus de rattrapage et à leurs besoins en infrastructures, en énergie et en équipements.

Quant aux États-Unis, ils restent un marché important pour les ETI, mais son accès est devenu plus difficile en raison de l’incertitude créée par l’administration Trump, notamment en matière de droits de douane. Ce marché peut rester attractif pour les PME ou les ETI qui proposent des produits différenciés ou relativement haut de gamme, leur permettant de mieux absorber le surcoût éventuel des droits de douane.

Quels sont les secteurs les plus porteurs ?

Il faut peut-être se tourner vers les marchés liés aux grandes transformations en cours. Tout ce qui concerne l’efficacité énergétique et, de façon plus large, la transition énergétique et écologique ou la gestion de l’eau constitue un ensemble de marchés structurellement porteurs pour nos PME et nos ETI.

Il y a évidemment les activités liées à l’intelligence artificielle, qui soutiennent fortement les flux du commerce international depuis deux ans. C’est particulièrement visible en Asie, où les exportations sont portées par les semi-conducteurs. Les PME peuvent trouver leur place dans les services associés à l’IA, leur intégration dans les entreprises, la gestion des données ou la cybersécurité.

Enfin, le secteur de la défense est porteur. Les dépenses de défense augmentent fortement et, pour les PME intégrées dans les chaînes de valeur de ce secteur, il existe évidemment des perspectives intéressantes. L’enjeu sera toutefois que l’augmentation des dépenses européennes bénéficie réellement à notre base industrielle.

Pour des entreprises néo-exportatrices, serait-il préférable d’attendre une période plus facile ?

Je ne pense pas qu’attendre soit nécessairement la meilleure stratégie, car rien ne garantit le retour prochain à une période plus favorable. Nous sommes entrés dans un environnement où les chocs ne sont plus de simples parenthèses : pandémie, guerre en Ukraine, crise énergétique, conflit au Moyen-Orient… Ils se succèdent avant même que les précédents aient été pleinement résorbés. Cette instabilité est probablement appelée à durer.

Le contexte est évidemment difficile. La demande reste faible en Europe, les prix de l’énergie sont plus élevés qu’aux États-Unis ou en Asie et, surtout, comme l’a montré le rapport du Plan sur le "rouleau compresseur chinois", plus de la moitié de la production manufacturière européenne - et même 70 % de la production allemande - est menacée par la concurrence chinoise. La Chine est désormais capable de produire, à qualité égale, voire supérieure, à des coûts souvent inférieurs de 30 à 40 %. La vulnérabilité de l’Allemagne est particulièrement préoccupante pour la France, compte tenu de l’intensité des liens économiques entre les deux pays.

Dans cet environnement, les entreprises européennes ont néanmoins montré, ces dernières années, une réelle capacité d’adaptation. Mais cette capacité a ses limites : elle ne peut pas, à elle seule, compenser durablement les écarts de coûts ou les déséquilibres de concurrence.

L’enjeu est donc également européen. Sans investissements beaucoup plus importants dans l’innovation, l’énergie et les technologies critiques, et sans protection plus efficace contre les pratiques déloyales, le décalage entre l’Europe et ses principaux concurrents risque de continuer à se creuser. La question est de savoir si elle peut conserver durablement les règles du jeu actuelles alors que les autres grandes puissances ont profondément modifié les leurs.

Pierre-Jacques Provost

International Week 2026 : À l’export, l’IA peut vous aider

L’étape sarthoise de l’International Week 2026 qui se déroulera le 28 septembre de 9 h 30 à 16 h à la CCI, accordera une large place à l’intelligence artificielle. Le programme de la journée sera copieux et, comme les années précédentes, alternera entre conférence, ateliers pratiques, challenge et des temps de réseautage et de découvertes de services dédiés aux entreprises exportatrices.

La journée débutera par les témoignages de trois entreprises sarthoises, Colart, eKonsilio et La Sablésienne, sur leur expérience réussie à l’export. Elle se poursuivra par l’International Pitch Challenge au cours duquel trois candidats auront trois minutes pour convaincre un jury d’experts sur leur stratégie d’internationalisation.

Une conférence sur les enjeux géopolitique de l'IA

La conférence animée par Flavien Chervet sera le temps fort de la matinée. Conférencier, entrepreneur et expert en intelligence artificielle, spécialisé dans les impacts économiques, sociétaux et géopolitiques des technologies émergentes, il expliquera pourquoi l’IA ne doit pas être envisagée uniquement comme un outil, mais comme une révolution systémique, comparable aux grandes transformations technologiques de l’histoire, et qu’elle peut être un formidable accélérateur de croissance… ou un facteur de dépendance et de fragilité stratégique, selon la manière dont elle est maîtrisée.

L’après-midi proposera quatre ateliers pratiques d’une heure dont deux abordant des thèmes liés à l’IA.

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International Week
Lundi 28 septembre 2026 - de 10 h à 16 h- CCI Le Mans Sarthe - 1, bd René Levasseur - Le Mans
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