Data literacy : Le socle invisible de la réussite avec l’IA
"L’IA est un calculateur qui analyse les données qu’on lui fournit pour en tirer des conclusions, explique Romain Laval d’Applidev’. Pour lui, 80 % de la performance d'une IA dépend de la qualité des données qui l'alimentent". Si elles sont incomplètes, erronées ou mal structurées, les résultats seront biaisés. Le risque est d'autant plus grand que beaucoup d'utilisateurs accordent une confiance excessive aux réponses générées. "Ils croient que l'IA dit vrai, sans remettre les résultats en question".
La vigilance concerne aussi la confidentialité. "Les données confiées à des modèles externes peuvent être analysées ou réutilisées. Même lorsque les éditeurs s'engagent à les protéger, le risque n'est jamais totalement nul."
Une culture déjà présente... sans être nommée
Bonne nouvelle : la plupart des entreprises pratiquent déjà la data literacy sans le savoir. Depuis toujours, un dirigeant pilote son activité à partir de ses chiffres de vente, de ses marges ou de son budget. Avec l'IA, cette culture devient simplement plus stratégique. "Si les collaborateurs comprennent les indicateurs et savent repérer une incohérence, ils utiliseront beaucoup mieux les outils d'IA." Chez Applidev', cette prise de conscience est née d'un besoin interne. "Nos données étaient dispersées dans plusieurs fichiers Excel, avec des versions différentes selon les équipes." L'entreprise a alors centralisé ses informations dans un outil unique, accessible en temps réel, avec une gestion fine des droits d’accès et une formation des équipes pour interpréter ces données.
"Aujourd'hui, si un projet dérive, une alerte apparaît immédiatement. On peut ajuster le scope ou renégocier avec le client avant que le problème ne devienne critique." Résultat : des décisions plus rapides, mais aussi des échanges facilités. "Tout le monde parle des mêmes chiffres, avec la même compréhension. Les réunions sont plus efficaces et les décisions, mieux acceptées par les équipes."
Un enjeu de compétitivité
Pour évaluer sa maturité, l'expert invite les dirigeants à se poser quelques questions : les équipes disposent-elles de la même information ? Les décisions reposent-elles sur des indicateurs fiables ? Les tableaux de bord sont-ils compris par leurs utilisateurs ? Si ce n'est pas le cas, quelques actions suffisent souvent à progresser : centraliser les données, définir un vocabulaire commun et former les collaborateurs à leur lecture. "Demain, la compétence clé ne sera pas seulement de savoir utiliser une IA, mais de savoir juger la qualité de ce qu’elle produit".
Car si l'IA automatise de nombreuses tâches, elle ne remplace ni l'esprit critique ni le discernement humain. "La data literacy, c’est comme apprendre à conduire : on ne confierait pas une voiture à quelqu’un qui ne sait pas lire un panneau Stop. Avec l’IA, c’est la même chose", conclut-il.
Élise Pierre
Se faire accompagner pour réussir son projet IA
Parce que développer une véritable culture de la donnée ne s’improvise pas, la CCI vous propose des solutions pour monter en compétences et passer à l’action : des formations dédiées à l’IA pour en comprendre les usages, maîtriser les bonnes pratiques (prompting, confidentialité, etc.) et identifier les opportunités pour son activité. La CCI accompagne également les entreprises pour les aider à repérer les cas d’usage les plus pertinents, structurer leurs données et déployer des solutions d’IA créatrices de valeur, dans un cadre sécurisé et adapté à leurs besoins.