Industrie, place aux femmes !

Ressources Humaines
17.02.2026
Magazine
Comme ils l’ont affirmé lors de la Semaine de l’industrie, qui s’est tenue en novembre dernier, les industriels français affichent la volonté d’attirer davantage de femmes dans leurs entreprises. Convaincus que la mixité et la complémentarité femmes/hommes constituent de véritables leviers de performance, ils y voient un atout pour le développement et la pérennité de leurs activités. Fer de lance de cette dynamique, l’UIMM (Union des industries et métiers de la métallurgie) renforce sa communication sur le sujet.
Sylvie Casenave-Peré, dirigeante du groupe Posson Packaging
Sylvie Casenave-Peré, dirigeante du groupe Posson Packaging.

Aujourd’hui, les femmes occupent moins de 30 % des emplois industriels en France et dans la métallurgie, cette statistique chute à 22 %. De surcroît, les femmes sont encore plus minoritaires aux postes de direction. Sans surprise, la Sarthe ne fait pas exception : les femmes représentent 27 % des emplois industriels et seulement 22 % dans la métallurgie. Plus révélateur encore, la part des femmes cadres et ingénieures dans ce secteur ne dépasse pas 14 %.

"Une situation qui n’est pas satisfaisante"

"Cette situation n’est pas satisfaisante, car nous avons besoin de nous appuyer sur les richesses que peuvent nous apporter les femmes, à la fois complémentaires et aussi compétentes que les hommes, souligne François-Xavier Marchais, président de l’UIMM Sarthe et Pays de la Loire et Senior VP & General Manager de la division Interconnect Technologies du groupe aérospatial Eaton (ex-Souriau). Elles apportent un autre regard, souvent plus rassurant et apaisant. Leur présence nous pousse aussi à faire évoluer nos organisations, notamment sur la pénibilité des tâches, l’ergonomie des postes ou encore la sécurité."

"Incontestablement, les acteurs de l’industrie sont de plus en plus conscients de la nécessité d’accroître la représentativité féminine pour élargir l’horizon de nos entreprises", confirme Laetitia Chenay, responsable des ressources humaines du groupe Claas sur le site du Mans, qui compte 17 % de femmes parmi ses 900 collaborateurs.

La grande majorité des dirigeants industriels se dit aujourd’hui favorable à l’embauche de femmes, aussi bien à des postes de production que d’ingénierie ou de direction. Au fil des décennies, de nombreux stéréotypes ont été déconstruits et largement réfutés, même si certaines études montrent que des préjugés réapparaissent chez les plus jeunes générations, sans doute sous l’influence des réseaux sociaux. Désormais, le principal défi consiste donc à convaincre les femmes elles-mêmes, en particulier les plus jeunes, que l’industrie leur offre un avenir professionnel stable, épanouissant et valorisant.

C’est dans cette optique que l’UIMM a profité de la Semaine de l’industrie 2025 pour lancer une campagne de communication multicanale (affichage, témoignages, film), articulée autour d’une accroche explicite : "Tu as ta place !"

"Nous voulons faire passer le message que les femmes peuvent exercer tous les métiers de l’industrie et accéder à tous les niveaux de responsabilité, explique François-Xavier Marchais. Notre objectif est ambitieux mais réaliste : augmenter de 10 % en dix ans la part des femmes dans la métallurgie."

Valoriser l’industrie par l’expérience

"Le premier enjeu reste de valoriser l’industrie, qui conserve une image vieillissante, complète Laetitia Chenay. Il faut susciter l’envie et la curiosité."

Dans cette logique, Claas a développé sur son site du Mans une véritable culture de la visite d’entreprise. Plusieurs milliers de visiteurs y sont accueillis chaque année. En 2025, des visites et ateliers spécifiquement dédiés aux femmes ont notamment été organisés.

L’entreprise travaille également avec France Travail, avec qui elle a accueilli quatre femmes pour une semaine d’immersion. "Nous allons aussi à la rencontre des étudiantes lors de salons ou d’événements, comme le challenge annuel Industri’Elles mené avec l’université. Enfin, nous continuons à miser sur l’apprentissage, qui reste le meilleur dispositif de recrutement de nos futures collaboratrices et collaborateurs", précise la responsable RH.

"Il faut encourager les femmes à oser et à gagner en confiance pour franchir le pas et s’épanouir dans l’industrie", poursuit Laetitia Chenay. Claas soutient ainsi le réseau Women@Claas, qui permet aux salariées de développer des projets communs, de valoriser leurs métiers, d’échanger et de partager leurs expériences.

Agir dès le secondaire

Pour François-Xavier Marchais, cette dynamique doit s’enclencher dès le secondaire. Aujourd’hui, les femmes ne représentent encore qu’environ 20 % des effectifs des écoles d’ingénieurs.
"Les formations, y compris techniques, sont parfaitement adaptées aux femmes dès le lycée. L’enjeu est de le faire savoir", insiste-t-il. Comme Claas, l’UIMM mène des actions de promotion avec France Travail, notamment via des visites d’entreprises durant la Semaine de l’industrie. "Nous souhaitons également encourager les reconversions professionnelles, à tout âge, et montrer qu’être mère de famille n’est jamais un frein."
 

À l’évidence, les chefs d’entreprise sont déterminés à enclencher un cercle vertueux en faveur de la féminisation de l’industrie, afin de renforcer la diversité, stimuler de nouvelles dynamiques et répondre durablement aux enjeux de renouvellement des effectifs.

Emmanuel Chevreul

Plus d’information sur tuastaplace.com 

Témoignage de Sylvie Casenave-Peré, présidente du groupe Posson Packaging

Depuis 30 ans, Sylvie Casenave-Peré dirige le groupe Posson Packaging, spécialiste de l’emballage éco-conçu en carton ondulé. "Je suis entrée dans le monde de l’industrie par un concours de circonstances. L’actionnaire de Posson Packaging, auprès duquel j’avais été nommée administratrice judiciaire, m’a proposé de reprendre son entreprise en difficulté, raconte Sylvie Casenave-Peré. J’ai alors franchi le pas et redressé la société, notamment en regroupant l’ensemble des activités sur un même site, à Sablé-sur-Sarthe."
 

Depuis, Posson Packaging a poursuivi sa croissance et compte aujourd’hui 110 salariés, dont 40 % de femmes. L’entreprise développe son activité sur le site d’Ouest-Park, entre Sablé et La Flèche, au sein d’une usine exemplaire de 17 000 m², conçue pour être éco-responsable et offrir un cadre de travail "idéal". "Je suis très attachée à l’impact environnemental de l’entreprise et j’ai démontré que cette démarche pouvait aussi être une source de revenus", affirme Sylvie Casenave-Peré, première femme à avoir intégré l’instance européenne regroupant les professionnels des industries graphiques et de l’emballage.

Les relations femmes/hommes au sein de l’entreprise ont fortement évolué

"Durant ces trois décennies, j’ai toujours été très soutenue par mon mari et mes enfants", poursuit l’industrielle, ajoutant qu’être mère de famille incite à ne pas envisager l’entreprise sous le seul prisme du résultat financier.

Sylvie Casenave-Peré constate également que les relations entre les femmes et les hommes au sein de l’entreprise ont fortement évolué : la bienveillance est réelle et l’équilibre mieux respecté. "La compétition est moins rude et plus personne ne doute de la capacité des femmes à occuper tous les postes, affirme la cheffe d’entreprise, qui souhaite atteindre la parité au sein du groupe, y compris dans les fonctions managériales. C’est une question de volonté et d’exigence."