Élections municipales et communautaires : Quels enjeux économiques pour ce nouveau mandat ?
Crise sanitaire mondiale, puis hausse exponentielle des dépenses énergétiques liée à la guerre en Ukraine : le précédent mandat a démarré dans la douleur pour les élus locaux. Cette situation les a contraints à retarder certains investissements et les a incités à revoir leur politique énergétique en privilégiant des solutions inscrites dans une logique de sobriété : réseaux de chaleur, généralisation du Led, mobilités douces, méthanisation…
Paradoxalement, ce mandat a bénéficié d’une réelle stabilité institutionnelle, favorisant une coopération plus sereine entre élus communautaires, après une période 2014-2020 marquée par la loi Notre (Nouvelle organisation territoriale de la République), qui avait profondément modifié la carte et le fonctionnement des collectivités locales.
Imaginer l’entreprise de demain
Aujourd’hui, l’enjeu numéro un reste de renforcer l’attractivité des territoires ruraux pour encourager l’implantation d’entreprises. "Nous sommes conscients que plus on s’éloigne des grandes villes, plus la situation peut paraître compliquée. Pourtant, de nombreuses réussites révèlent le potentiel économique de la campagne sarthoise, par exemple dans les industries du luxe, de la plasturgie ou de l’agroalimentaire…", affirme Emmanuel Franco, président de l’AMF Sarthe (Association des maires, adjoints et présidents d’intercommunalités de la Sarthe), maire d’Étival-lès-Le Mans et président de la Communauté de communes du Val de Sarthe. "Aujourd’hui, nous devons imaginer l’entreprise de demain en pleine coopération avec les entrepreneurs".
Urbanisation et transition écologique : un équilibre à trouver
Dans cette perspective, l’implantation d’entrepôts logistiques aux abords des autoroutes suscite parfois des tensions, notamment à La Ferté-Bernard ou à Montval-sur-Loir. Derrière ces débats émerge une question centrale : celle de la capacité des collectivités à disposer d’une offre foncière suffisante dans le contexte du Zéro artificialisation nette (ZAN).
En zones rurales, les élus se montrent souvent réservés face à une application stricte de ce dispositif, qui pourrait freiner leurs projets de développement. C’est pourquoi, le Parlement vient de voter un assouplissement du ZAN : celui-ci ne s’appliquera pas aux projets industriels d’intérêt national ou majeur, ni à ceux liés à la transition écologique.
"Dans ce contexte, nous devons travailler à la réhabilitation et à l’exploitation des friches industrielles", souligne Emmanuel Franco. Les acteurs locaux sont ainsi appelés à conjuguer développement économique et transition énergétique, par exemple en optimisant le patrimoine bâti et en innovant en matière de mobilités.
Le déploiement de l’intelligence artificielle dans les entreprises constitue également un défi que les collectivités devront accompagner aux côtés des acteurs économiques. Beaucoup ont déjà amorcé cette transition, notamment dans le secteur artisanal, en intégrant progressivement ces technologies dans leurs pratiques.
Services à la population : une priorité constante autour de la santé
"Cependant, nous ne pourrons pas réussir ces transitions sans maintenir et développer une offre de services répondant aux attentes de toutes les générations", rappelle Emmanuel Franco. Au premier rang des priorités figure, comme depuis deux mandats, le maintien de l’offre de soins.
"C’est une démarche de long terme que nous devons co-construire avec tous les acteurs locaux, en particulier autour de la prévention", précise-t-il, ajoutant que l’arrivée de médecins juniors à la rentrée devrait contribuer à améliorer la situation.
Dans un contexte international et national plus incertain, voire anxiogène, ce nouveau mandat s’annonce à la fois exigeant et structurant pour l’avenir des territoires.
Emmanuel Chevreul
René de Nicolaÿ a été élu maire du Lude lors des élections municipales du 15 mars 2026, puis vice-président de la Communauté de communes Sud-Sarthe lors du conseil communautaire du 2 avril. Il exerce la profession de consultant en affaires publiques pour des entreprises de l’industrie, de la santé et de la culture, accompagnant notamment des implantations dans des territoires ruraux.
Quels seront, selon vous, les principaux défis économiques à relever par les communautés de communes et les communes, notamment en milieu rural, au cours de ce nouveau mandat ?
Notre premier enjeu est d’implanter de nouvelles entreprises, afin de créer des emplois et d’assurer le développement de nos territoires ruraux.
Dans cette perspective, notre cadre de vie, la proximité de plusieurs axes routiers, ainsi que des habitants réputés pour la qualité de leur travail et leur fidélité à leurs entreprises, constituent les principaux atouts que nous pouvons valoriser pour affirmer notre attractivité.
Nous pouvons également nous appuyer sur un artisanat et une agriculture dynamiques, ainsi que sur une industrie disposant d’un fort potentiel de développement, par exemple dans les secteurs du luxe, de l’usinage ou de l’agroalimentaire.
Aujourd’hui, notre premier défi est de conserver suffisamment de surfaces foncières aménageables et constructibles pour pouvoir accueillir les porteurs de projets.
Nous devons aussi contribuer à créer de véritables pôles de formation et des écoles de production, afin de favoriser l’installation des jeunes dans nos communes et de répondre aux besoins des entrepreneurs. L’intégration de l’IA dans les entreprises, notamment artisanales, constitue également un sujet central.
Quelles seront, plus particulièrement, vos priorités pour la Communauté de communes Sud-Sarthe ?
Notre Communauté de communes dispose de 1,7 hectare de terrains viabilisés et de deux bâtiments prêts à l’emploi sur la zone intercommunale de Belle-Croix, à Requeil, ainsi que de 7,4 hectares, d’un atelier-relais et de plusieurs bureaux à louer à Loirécopark (Vaas). Elle garantit, de plus, une fiscalité maîtrisée.
Ainsi, en binôme avec François Boussard, président de la Communauté de communes, notre priorité est de commercialiser ces parcelles et ces espaces de production. Nous avons également la volonté d’accompagner les autres communes du territoire communautaire dans leur développement économique.
Comment concevez-vous votre rôle d’élu à l’attractivité économique ?
Je souhaite être, avant tout, un apporteur d’affaires afin d’accompagner le déploiement de nouvelles activités. Dans ce but, j’ai la volonté de travailler en réseau avec l’ensemble des acteurs locaux, notamment les chambres consulaires, afin de favoriser les échanges d’informations et d’être le plus réactif possible.