Souveraineté numérique : Un enjeu stratégique pour les entreprises
"La souveraineté numérique, c’est la capacité à garder la maîtrise de ses outils et de ses données, sans être dépendant d’un fournisseur", résume Pierre Cartier, ambassadeur IA pour le plan national du gouvernement "Osez l’IA" et dirigeant de Plaiades (développement de logiciels IA sur mesure pour les professionnels). Afin de l’illustrer, lors de sa conférence à la CCI le 24 mars dernier, l’expert a évoqué un scénario parlant : une panne majeure coupe l’accès à des services hébergés à l’étranger. En quelques heures, l’entreprise ne peut plus envoyer de mails, accéder à ses documents ni utiliser ses logiciels métiers. "On se rend compte qu’on est extrêmement dépendants".
Une telle situation n’est pas uniquement technique, elle peut être liée à des décisions juridiques ou géopolitiques. Certaines entreprises étrangères peuvent être contraintes de transmettre des données (ex : Cloud Act) ou de suspendre des services. Résultat : votre activité peut être brutalement ralentie, voire bloquée.
Identifier ses outils critiques
La première étape consiste à identifier ce qui est réellement stratégique. "Il faut repérer les systèmes sans lesquels l’entreprise ne peut pas fonctionner", insiste Pierre Cartier. Il peut s’agir d’un ERP ou d'un logiciel de facturation, "indispensable pour produire et encaisser" ou d’un CRM "essentiel pour suivre ses clients", sans oublier le système de sauvegarde, "vital en cas de cyberattaque". Car nombreux sont ceux qui utilisent des solutions en ligne sans toujours entrevoir les conséquences. Or, "si l’éditeur d’un logiciel ferme, comment récupérer les données et continuer à travailler ?"
Mieux vaut anticiper et limiter le risque de "verrouillage technologique" (vendor lock-in.), qui empêche de changer facilement de prestataire. Pour autant, il ne s’agit pas de tout internaliser. "On ne peut pas être totalement indépendant. L’objectif, c’est d’être résilient". Ce qui passe par des actions concrètes : prévoir des solutions alternatives en cas de panne, diversifier ses fournisseurs, s’assurer de pouvoir récupérer ses données facilement, mettre en place des systèmes redondants. Autrement dit, être capable de continuer à fonctionner, même en mode dégradé.
Des solutions accessibles aux PME
Afin d’être accompagné, des initiatives existent telles que la certification Numérique France Garantie et "des solutions open source - Nextcloud ou Proton -, permettent de gérer fichiers, mails ou agendas de manière indépendante, précise l’expert. L’open source n’appartient à personne, donc il appartient à tout le monde". Pierre Cartier cite des hébergeurs européens - OVH, Ionos, Hostinger, Scaleway - et incite à préférer la version française LeChat Mistral. Car si héberger soi-même ses données offre plus de contrôle, à chacun de trouver le bon équilibre, en fonction de ses moyens et priorités.
La souveraineté numérique reste un véritable levier de compétitivité : "elle permet de sécuriser son activité, d’anticiper les évolutions réglementaires et de renforcer la confiance des clients et partenaires". Dans un environnement géopolitique et numérique de plus en plus instable, celles qui anticipent ces enjeux prennent une longueur d’avance. "L’objectif, c’est de pouvoir reprendre la main à tout moment", conclut-il. Alors restez maître de votre destin numérique !
Élise Pierre